Coup d’arrêt au supercycle des matières premières

Les Echos

L’aluminium a chuté de 25 % et le nickel de plus de 30 % en un an. Un coup d’arrêt à la longue période de hausse des ressources naturelles qui commence à faire sentir ses effets. Les marges des grands acteurs se contractent, des projets d’investissements ont été gelés, les tensions sociales se multiplient.

Le supercycle des matières premières, qui a nourri plus de 10 ans d’appréciation spectaculaire des ressources naturelles, est-il terminé ? Depuis la mi-2011, les métaux de base connaissent un coup de froid. Le cours de l’aluminium a baissé de 25 %, le nickel a perdu plus de 30 %. Pendant l’été, les deux métaux se sont traités durant de longs mois sous le coût marginal de production. Au point qu’une grande partie des producteurs ont perdu de l’argent.

Même difficulté pour les producteurs de minerai de fer dont le cours a été quasiment divisé par deux depuis janvier 2011 avec, au mois de septembre, un plus bas niveau depuis 2009. A ces cours, de nombreux sites ne sont plus rentables. Dans cet environnement de baisse des prix, une exception : le cuivre est le seul métal avec un prix au comptant largement supérieur au coût marginal de production (autour de 6.500 dollars la tonne). Une anomalie qui tient aux difficultés de production dans les mines au Chili et aux Etats-Unis.

Lorsqu’en septembre, la Banque centrale européenne (BCE) a indiqué qu’elle était prête à acheter – sous conditions -des dettes européennes et que, dans le même temps, la Réserve fédérale américaine a annoncé de nouvelles mesures d’assouplissement monétaire, les marchés ont voulu y croire. Les cours des métaux de base se sont redressés. Mais l’impact de ces mesures sur les prix reste mineur dans des marchés dictés par la loi de l’offre et la demande. Et dictés essentiellement par la demande de la Chine, le premier consommateur de métaux au monde.

Réserves pléthoriques

L’ex-« empire du Milieu » annonce chaque semaine des mesures de relance de l’économie. Pékin aurait notamment donné son feu vert à un ensemble d’investissements dans les infrastructures représentant plus de 1.000 milliards de yuans (123 milliards d’euros) pour stimuler son économie. Mais pour l’heure, aucune mesure concrète n’a été prise, capable de produire rapidement des effets. «  Tant que la demande ne donnera pas de signes d’amélioration significatifs, les prix des matières premières resteront bas », indique un analyste. D’autant que, pour plusieurs métaux, les réserves s’accumulent. Fin septembre, les stocks d’aluminium des entrepôts des Bourses ont par exemple encore augmenté de 8.714 tonnes, tirés par la hausse dans les entrepôts à Shanghai. Signe que le marché chinois de l’aluminium est de plus en plus excédentaire.

Nombreux sont ceux qui tirent la sonnette d’alarme aujourd’hui. Des responsables politiques notamment : fin août, le ministre des ressources naturelles australien, Martin Ferguson, n’a pas hésité à parler de la fin du « boom minier ». Mais surtout, des géants du secteur. L’allemand Aurubis a fait récemment état de la faiblesse de la demande européenne de cuivre, les commandes ne marquant aucune amélioration après la traditionnelle accalmie estivale. Globalement, les groupes miniers se montrent aujourd’hui très prudents, préférant garder leurs liquidités, plutôt que de les dépenser. En attendant la concrétisation du rapprochement entre Glencore et Xstrata, les opérations d’acquisition se font rares. Au premier semestre 2011, selon PwC, elles représentaient 25 milliards de dollars. L’an dernier, elles étaient trois fois plus élevées. Beaucoup d’investissements ont été gelés. BHP Billiton a arrêté un projet de 20 milliards de dollars dans la mine de cuivre d’Olympic Dam, dans le sud de l’Australie.

Et les résultats des grands producteurs sont moins flamboyants que par le passé. Au premier semestre, BHP a vu son bénéfice net se dégrader fortement. Rio Tinto a dégagé un résultat net en repli de 22 % et ses dirigeants se sont montrés prudents à court terme. A la fin juillet, le groupe français Eramet, spécialisé dans l’extraction du nickel et du manganèse, a enregistré un bénéfice cinq fois inférieur à celui de l’an dernier.

Coûts en hausse

Parallèlement à la baisse des prix des matières premières, les coûts salariaux et des équipements augmentent. Les marges sont prises en étau. «  Tous les groupes miniers sont en meilleure forme que lors de la crise financière de 2008-2009 », tempèrent les experts de Pwc. Mais l’environnement social, comme politique, se révèle souvent incertain. L’Afrique du Sud est secouée depuis plusieurs semaines par des grèves et des violences dans l’industrie minière (lire ci-contre). Le mois dernier, le premier producteur chinois d’aluminium, Chalco, s’est heurté à l’opposition du gouvernement mongol et a renoncé à acquérir une part majoritaire dans le producteur de charbon Mongol SouthGobi.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :