Un mauvais signal pour l’Europe de la défense

Les Echos

L’Europe rate une occasion de consolider son industrie de la défense qui souffre d’un émiettement trop marqué .

Chez Dassault, on a dû jubiler hier en apprenant l’échec du projet de fusion d’EADS avec BAE Systems. Mi-septembre, lorsque l’existence des négociations a été rendue publique, médias et analystes ont pointé du doigt le risque de marginalisation pour le fabricant du Rafale. EADS et BAE réunis, c’était une consolidation de l’aéronautique militaire européenne qui se dessinait à l’horizon, quitte à ce que l’avionneur français mette un terme à sa stratégie de « splendide isolement ». Raté.

Des blocages nationaux

Plus globalement, l’annonce d’hier porte un coup dur à l’Europe de la défense, qui n’en finit pas de ne pas décoller. L’histoire retiendra que le Royaume-Uni, la France, et l’Allemagne, c’est-à-dire les trois premières puissances militaires du Continent, n’ont pas réussi à dépasser leurs approches nationales pour faire émerger un champion de classe mondiale.

Pour Jean-Pierre Maulny, directeur adjoint de l’Iris, Paris a répondu oui par intérêt stratégique, car le projet s’inscrivait dans le cadre global de la construction de l’Europe de la défense. Londres a répondu oui pour conserver la compétitivité de BAE. Mais voilà, Berlin a répondu non parce que l’Europe de la défense n’est pas une fin en soi pour l’Allemagne, et que son industrie est compétitive.

Vis-à-vis du reste du monde, le message est désastreux. Cela fait des années que tous les spécialistes clament que l’Europe doit consolider son industrie qui souffre d’un émiettement trop marqué. Avec la crise financière actuelle, et la pression qui en découle sur les budgets militaires des pays occidentaux, l’argument n’en est que plus fort. A ce titre, en fusionnant, EADS et BAE aurait donné un signal clair, en montrant que l’industrie, à défaut des décideurs politiques, était capable de prendre ses responsabilités.

Un « nein » au goût amer

Parmi les nombreuses questions que posent cet échec, celle de l’avenir de la relation franco-allemande en matière de défense n’est pas la moins importante. A la fin de son mandat, Nicolas Sarkozy a misé sur l’alliance avec les Britanniques, qui s’est traduite par les traités de Lancaster House. Une fois élu, François Hollande n’a pas remis en cause cet axe bilatéral, mais a fait de la relance de l’Europe de la défense une priorité.

A peine installé à l’hôtel de Brienne, Jean-Yves Le Drian, le ministre de la Défense, est donc allé rendre visite à son homologue outre-Rhin. Les deux pays ont signé une lettre d’intention listant quelques projets de coopération bilatéraux. Encore très évanescents, ces projets devraient faire l’objet d’annonces début 2013, à l’occasion des cinquante ans du traité de l’Elysée. Des projets qui risquent fort d’être très insuffisants pour faire oublier le goût amer du « nein » d’Angela Merkel…

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